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Faire et dire l’évaluation

Julia Bihl – Sciences Humaines – Avril 2018

« Directions ministérielles, agences de financement, revues scientifiques, médias de masse, opinion publique… Les commanditaires de l’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche se sont multipliés depuis les années 1980, incarnant le « nouvel esprit de l’évaluation », pendant du « nouvel esprit du capitalisme » de Luc Boltanski et Ève Chiapello. Codirectrices de l’ouvrage, Christine Barats, Julie Bouchard et Arielle Haakenstaad ont choisi de mettre à distance les polémiques autour de l’évaluation pour tenter d’en comprendre les mécanismes. »

 

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Faire et dire l’évaluation

Pierre Papon – Futuribles – 12 Mars 2018

« Les transformations des universités en France et à l’étranger, depuis les années 1980, ainsi que l’émergence progressive d’un « marché » de l’enseignement supérieur ont contribué à systématiser l’évaluation des performances de l’enseignement supérieur et de la recherche (elle était pratiquée en France par des organismes de recherche comme le CNRS, Centre national de la recherche scientifique, et l’INSERM, Institut national de la santé et de la recherche médicale). Le vote de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (dite loi LRU ou loi Pécresse), en 2007, a été un argument de poids pour renforcer les modalités d’évaluation des activités des universités (l’enseignement, la recherche et leur gestion), considérée comme une contrepartie de leur autonomie, aujourd’hui sous la responsabilité du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES), créé par la loi de 2013 ; ce processus a été étendu aux nouvelles structures de soutien à la recherche-développement et à l’innovation, comme les pôles de compétitivité. »

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Conférence sur la réalité virtuelle – 22 mars 2018

Le 22 mars 2018 à 19h Philippe Fuchs, expert français en réalité virtuelle animera une conférence gratuite à l’IMT MINES Albi sur le thème: « La réalité virtuelle de A à Z ». Au cours de cette première conférence de l’année, le Professeur de MINES ParisTech expliquera la science de la réalité virtuelle, ses techniques et l’application de cette dernière dans notre quotidien.

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Un dico pour comprendre la «novlangue» des start-up

Les Echos Entrepreneurs

Par Julia Lemarchand – le 06/02/2018

« Le « Petit dictionnaire illustré de l’innovation et de l’entrepreneuriat » est un must-have pour quiconque souhaite déchiffrer les codes du monde de l’entrepreneuriat et de l’innovation, sans se prendre la tête.

« Disruption », « pitch », « uberisation », « crowdfunding »… Ces mots que l’on entend (voire que l’on emploie) à tout bout de champ méritaient que l’on s’y attarde un moment. C’est chose faite avec le « Petit dictionnaire illustré de l’innovation et de l’entrepreneuriat » (volume 1), qui ne se contente pas de livrer des définitions froides de ce vocable jargonneux, mais les replace dans leur contexte, à grand renfort d’exemples, et retrace leur histoire, souvent méconnue.

Saviez-vous par exemple que le mot Entrepreneuriat, créé dans les années 90, est issu du mot entreprendre qui, lui, remonte au XIIème siècle et signifiait « attaquer » et surtout « surprendre », avant d’avoir pour sens « mettre en oeuvre, commencer quelque chose » ? Un éclairage utile sur ce qu’est la dynamique de l’entrepreneuriat aujourd’hui ! »

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Manifestations littéraires et attractivité des territoires

« Le 16 janvier 2018, le Centre National du Livre (CNL) a rendu publique son étude sur le poids et l’impact des manifestations littéraires qu’il soutient. Confiée au cabinet de conseil PwC, cette étude avait pour objectifs de :

  • dresser un état des lieux des manifestations soutenues par le CNL ;
  • apprécier la contribution réelle des manifestations littéraires au rayonnement et à l’attractivité d’une ville ou d’un territoire ;
  • identifier les nouveaux besoins et contraintes des manifestations littéraires. »

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Baromètre des usages du livre numérique

À l’occasion des Assises du livre numérique organisées par le SNE le 23 novembre 2017, les principales évolutions sur cinq ans de l’usage du livre numérique ont été présentées.

Elles sont la synthèse des enquêtes menées par OpinionWay et publiées chaque année dans le baromètre des usages du livre numérique mis en place par la Sofia, la Société des Gens de lettres (SGDL) et le Syndicat national de l’édition (SNE), dont l’objectif est d’apporter un éclairage nouveau sur les profils, les pratiques, les motivations et les intentions des lecteurs de livres numériques.

 

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Le phénomène « pro-ana ». Troubles alimentaires et réseaux sociaux

Lectures /Liens socio

Par Samuel Lézé – Décembre 2017

Antonio A. Casilli, maître de conférences en sociologie (Télécom Paritech) et Paola Tubaro, chargée de recherche au CNRS (Laboratoire de recherche informatique de Paris Sud), mobilisent une recherche passée, sur l’usage des sites internet consacrés aux troubles alimentaires en France, pour questionner le statut politique ambivalent du numérique aujourd’hui, présenté tantôt comme une source de risque pour les internautes, tantôt comme une panacée contemporaine pour régler tous les problèmes. À cet égard, les sites internet étudiés par les auteurs forment un cas paradigmatique : les sites personnels des jeunes filles ou femmes atteintes d’anorexie mentale peuvent-ils être suspectés de promouvoir une maladie ou, pire, de provoquer une épidémie ? La solution numérique la plus efficace est-elle d’interdire et de bloquer ces sites ? La question est polémique, mais l’enjeu de l’ouvrage est de démontrer que l’ensemble des acteurs impliqué dans le débat sur les troubles alimentaires a tout intérêt à connaître les pratiques effectives au fondement de cette culture numérique : comment se forme la sociabilité de ces jeunes femmes ? Qui sont-elles ? Que font-elles ?

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Comment le numérique transforme la performance opérationnelle des entreprises

Michel Nakhla, Mines ParisTech

Le concept de l’industrie 4.0, initié lors de la foire de Hanovre 2011, symbolise les transformations numériques que connaissent aujourd’hui les entreprises. Le lean management avec son régime « minceur » connaît lui aussi sa 4e révolution avec l’avènement de l’amélioration continue digitale (ou 4.0). Celle-ci, profite de l’incroyable potentiel de l’exploitation des données et de la numérisation des processus. Les entreprises y voient un levier pour repenser la relation à leurs clients et automatiser leurs processus internes dans une culture d’innovation ouverte et d’amélioration de la productivité.

L’amélioration des processus : une idée ancienne pour augmenter la productivité

Au commencement, la révolution industrielle qui marqua le début du 19e siècle inventa l’amélioration continue. Celle-ci s’est construite sur l’optimisation des processus et de la productivité opérationnelle. L’atteinte de cet objectif est passée par une stabilisation des paramètres de l’activité et une validation « scientifique » des savoirs par l’expérimentation. Des outils de mesures, des indicateurs, des références ont été formalisés pour guider l’action et rationaliser l’organisation du travail individuel. L’ouvrage « Principes du management scientifique » publié par Taylor en 1911 précise cette vision emblématique du « Scientific management » et de la rationalisation de l’activité. Dans les années 30, W. Schewart statisticien chez Bell Telephone Laboratories, montre que la performance est d’abord un cycle « d’enquête collective sur l’activité » et d’expérimentation empirique. L’expérimentation sur le terrain s’efforce ainsi de définir le temps d’une tâche élémentaire grâce au chronométrage que l’analyse statistique transforme en standard. Il s’agit ensuite de choisir les employés capables de tenir le rythme fixé.

Ces idées ont été vulgarisées par E. Deming à travers son approche PDSA (Plan, Do, Study, Act) pour organiser le travail et améliorer la performance opérationnelle. Ce qui a largement inspiré l’industrie automobile au Japon.

Dans les années 80, le concept du lean management issu du système de production de Toyota et porté par des chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) aux États-Unis fait son apparition. Axé sur l’amélioration de la productivité et la suppression des activités sans valeur ajoutée,le lean a souvent été perçu comme le retour d’un taylorisme remis au goût du jour.

L’association de l’amélioration continue et du numérique pour accroître la performance.

Aujourd’hui, avec la révolution numérique et l’avènement du 4.0, plusieurs entreprises repensent leurs modèles d’affaires. Les approches traditionnelles de l’optimisation des processus ne sont plus suffisantes pour faire face à un besoin permanent d’innovation pour délivrer la valeur attendue par les clients. Les secteurs de la banque, des télécommunications ou du e-commerce sont particulièrement représentatifs de ces transformations numériques des processus.

Dans ces secteurs, la vision renouvelée de l’amélioration continue se structure autour de l’expérience client, la refonte des processus opérationnels et le retour sur investissement. L’analyse des données massives est un point capital dans ce modèle et surtout dans sa relation avec l’expérience client et la rationalisation des processus opérationnels existants. La question de l’agilité de l’organisation est une condition importante pour y arriver. Mais beaucoup d’entreprises n’ont pas encore mis en place une stratégie commune pour coupler amélioration continue et transformation numérique.

L’expérience client : les données changent la donne

La « voix du client », composante essentielle de la proposition de valeur, a longtemps été estimée par échantillonnage et par analyse de corrélations pour identifier et caractériser un problème : une ou des voix clients prépondérantes à résoudre. Désormais, l’analyse des données des usages par des algorithmes d’intelligence artificielle permettent de travailler sur un échantillon de clients plus large et diversifié (forums spécialisés, sites Internet, blogs…) pour produire des connaissances nouvelles sur le client. Cette nouvelle capacité à comprendre la voix du client est au centre de ce que l’on peut qualifier « d’innovation opérationnelle agile » et de sa capacité à mettre en place de nouvelles propositions de valeurs.

Pour Amazon, par exemple, l’innovation opérationnelle agile est un mécanisme bien rodé. L’entreprise cherche en permanence à maîtriser sa chaîne de valeur en comblant les trous dans son modèle d’affaire en explorant d’autres innovations. C’est ainsi que cette entreprise a développé sa liseuse Kindle pour favoriser la vente des livres. L’analyse de l’expérience client a permis par la suite de commercialiser cette liseuse prête à l’emploi avec le compte de l’acheteur pré-paramétré afin se connecter plus facilement à la plateforme Amazon.

L’innovation opérationnelle agile représente ainsi un déplacement de la valeur de la simple distribution vers l’expérience client. Dans ce cadre, disposer de connaissances fines sur les clients pour repenser les processus n’a pas de prix !

L’automatisation des processus opérationnels et impacts sur l’organisation

L’optimisation de l’expérience client a nécessité, dans plusieurs cas, une simplification et une automatisation des processus opérationnels. Les traitements manuels disparaissent peu à peu pour se concentrer sur les tâches à forte valeur ajoutée. C’est donc un moyen pour les entreprises de gagner rapidement en productivité en combinant l’automatisation des processus et l’intelligence artificielle. L’arrivée de ces nouveaux outils transforme radicalement certains flux de l’entreprise.

Dans le secteur bancaire, automates en agences, opérations à distance via les smartphones, automatisation des processus d’instruction des dossiers clients et sa dématérialisation s’accélèrent avec le numérique et l’algorithmique. La société générale a ainsi annoncé récemment l’automatisation de 80 % de ses processus internes d’ici à trois ans pour réduire ses coûts et améliorer son bénéfice net par action à l’horizon 2020.

Outre les gains de productivité liés à l’automatisation, les nouvelles organisations managériales doivent composer avec un double mouvement : celui d’une intégration verticale prenant la forme de chaînes de valeur mondialisées et des plates-formes numériques collaboratives qui proposent au client de suivre en temps réel l’avancement de sa commande. Celui d’une intégration horizontale où les salariés, les machines et les équipements sont connectés à travers des systèmes d’information et une reconfiguration dynamique des processus de travail. Dans cette vision renouvelée de l’amélioration de la performance, la recherche d’un niveau optimal d’investissement devient un défi pour les entreprises. Des investissements orientés de plus en plus vers les segments de production jugés les plus rentables et identifiés par l’analyse de la voix du client.

La recherche de l’investissement cible

L’innovation opérationnelle agile peut résulter aussi de l’allègement des dépenses d’investissement et par l’optimisation de la capacité et des actifs déjà installés. Le contrôle des dépenses en immobilisations est un des piliers stratégiques de l’innovation opérationnelle agile. Le partage des actifs coûteux constitue une piste privilégiée par plusieurs entreprises par un travail sur la structure des coûts et du CAPEX (CApital EXpenditure) « cibles ». Une vision basée sur l’analyse des coûts par activité permet de relier réduction des coûts et valeur créée.

L’utilisation de plateformes mondiales pour atteindre des marchés locaux permet aussi à certaines entreprises de mutualiser l’investissement. Par exemple, la plate-forme de diffusion télévisée Hulu est détenue par NBC Universal, Fox et Disney-ABC Television Group qui bénéficiant des effets de réseau et d’une audience plus large de Hulu. Le développement de plates formes numériques vise également à éviter les « déséconomies » d’échelle qui résultent de la possession de nombreux points de ventes dans de nombreux endroits.

The ConversationL’argument souvent avancé est qu’il est beaucoup plus efficace pour une entreprise de réduire ou de franchiser une partie de ses points de vente au détail que d’exploiter des centaines de petites boutiques ou agences constituant une part importante de coût fixe. L’avantage supplémentaire est que les franchisés gèrent les magasins en tant que propriétaires et non en tant qu’employés, ce qui représente une forme d’incitation et de motivation.

Michel Nakhla, Centre de Gestion Scientifique-I3 UMR CNRS 9217, Mines ParisTech

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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Penser le travail pour penser l’entreprise

Gérald Gaglio, « Olivier Favereau (dir.), Penser le travail pour penser l’entreprise », Sociologie du travail [En ligne], Vol. 59 – n° 4 | Octobre-Décembre 2017, mis en ligne le 07 décembre 2017, consulté le 06 décembre 2017. URL : http://sdt.revues.org/1326
« Le titre du livre est un programme de recherche. Il s’inspire d’une sociologie du travail qui l’étudie dans son « contenu concret » et plus dans son « extériorité » (un salaire, une socialisation, etc.). Ce prisme permet d’ouvrir la boîte noire que reste souvent l’entreprise et d’en prôner une nouvelle forme, plus démocratique et moins soumise au tropisme actionnarial, dans la lignée d’autres recherches récentes. »
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L’investissement étranger a sauvé l’industrie britannique… jusqu’au Brexit?

Conversation avec Louisa Toubal

Thierry Weil, Mines ParisTech

À l’occasion de la sortie de la note « L’investissement étranger, moteur de la réindustrialisation au Royaume-Uni ? » rencontre avec Louisa Toubal, économiste à La Fabrique de l’industrie.


Thierry Weil : Pourquoi vous êtes-vous intéressée aux investissements directs étrangers au Royaume-Uni ?

Louisa Toubal : Alors que la France et le Royaume-Uni ont des situations économiques assez similaires, avec un fort déclin récent de l’industrie, ces deux pays n’ont pas fait les mêmes choix en termes de réformes macroéconomiques et réglementaires. Par exemple, contrairement à notre pays, le Royaume-Uni a laissé vendre sans grande résistance la plupart de ses fleurons industriels, partant du principe que les investissements étrangers auraient des retombées positives sur le tissu économique national. Notre étude explique comment les investisseurs étrangers ont permis au Royaume-Uni de conserver des atouts dans certains secteurs industriels. Elle permet également d’apprécier l’ampleur des défis auxquels l’économie britannique est maintenant confrontée dans le contexte du Brexit.

T.W. : Comment ces investisseurs étrangers ont-ils maintenu le tissu industriel britannique en vie ?

L.T. : Il faut savoir qu’au Royaume-Uni, les investisseurs étrangers occupent depuis très longtemps une place particulière pour soutenir l’industrie. Quand Margaret Thatcher arrive au pouvoir en 1979, elle souhaite faire du Royaume-Uni un pays extrêmement ouvert et spécialisé dans les services notamment financiers. Elle n’hésite pas à abandonner des pans entiers de l’industrie britannique qui ne parviennent plus à résister à la concurrence internationale comme les industries du charbon, de l’acier, du textile et de la construction navale. Mais, par souci pragmatique de contenir le déclin des territoires industriels, elle autorise les groupes étrangers à racheter 100 % des actions d’entreprises britanniques.

Avec le recul, on peut dire aujourd’hui que le rachat de fleurons nationaux par des entreprises à capitaux étrangers a ralenti (et non précipité) le mouvement de désindustrialisation du pays qui était lié au désengagement de l’État. Par exemple dans l’industrie automobile, il n’existe quasiment plus de constructeurs nationaux, pourtant le secteur est en plein boom. Entre 2011 et 2015, la valeur ajoutée brute du secteur a plus que doublé alors qu’elle est restée quasi stable en France. Les entreprises sous contrôle étranger réalisent plus de 80 % de la valeur ajoutée du secteur et contribuent à 88 % des dépenses en R&D. Leur investissement a permis de revitaliser certains territoires comme les Midlands de l’Ouest.

Cette région, plus fortement touchée que les autres territoires britanniques par la désindustrialisation, a pu tirer parti de l’implantation de l’indien Tata. En 2008, le groupe a racheté les marques Jaguar et Land Rover (JLR) et investi des montants considérables pour faire monter en gamme l’appareil productif de ses trois usines. Résultat : entre 2009 et 2015, cette région a vu sa part de PIB industriel gagner 2,5 points et son taux de chômage passer de 9,7 % à 5,7 %.

T.W. : Vous expliquez toutefois que ces « investissements directs à l’étranger » (IDE) n’ont pas que des effets bénéfiques sur un territoire…

L.T. : L’un des effets pervers des IDE et qu’ils peuvent accroître les disparités sur un territoire. Les investisseurs étrangers ciblent le plus souvent les grandes entreprises industrielles et quelques secteurs clés. Ils choisissent aussi les localités les mieux dotées en compétences où il existe des écosystèmes dynamiques (universités de renom, existence de centres de R&D, etc.). Ces implantations profitent donc aux zones déjà les mieux loties, les plus attractives. Au sein d’une même région, les grands groupes étrangers vont parfois capter une grande partie des aides publiques au détriment d’autres bassins d’emploi.

Ainsi, le rebond de l’industrie automobile dans les Midlands de l’Ouest n’a pas beaucoup profité à Birmingham, la ville la plus importante de la région, qui a un taux de chômage de près de 11 %. L’attraction d’investisseurs étrangers ne peut à elle seule résorber des années de désindustrialisation et de désengagement des pouvoirs publics. Ainsi, attirer des investisseurs n’est pas suffisant et doit s’accompagner d’une politique d’aménagement et de développement du territoire qui permette d’irriguer tous les bassins d’emploi.

T.W. : Dans le contexte du Brexit, cette forte dépendance aux IDE ne constitue-t-elle pas un risque pour l’économie?

L.T. : On le sait, l’accès au marché commun reste un déterminant essentiel de la décision d’implantation des investisseurs. Pour continuer à attirer des investisseurs étrangers, le gouvernement a annoncé vouloir ramener l’impôt sur les sociétés de 20 % à 17 % à l’horizon 2020, ce qui risque de peser sur ses finances publiques, sans suffire à compenser les effets du Brexit.

The ConversationIl faut rappeler en effet que depuis la crise financière de 2008, le gouvernement a pris conscience que l’économie du pays ne pouvait plus reposer uniquement sur le secteur des services, qu’il fallait rééquilibrer l’économie au profit de l’industrie. Or les secteurs industriels qui fonctionnent le mieux sont ceux qui sont entre les mains des groupes étrangers. Theresa May doit donc les retenir dans le pays si elle veut que sa stratégie de reconquête industrielle réussisse. Or les groupes étrangers sont très inquiets des conséquences d’un Brexit dur, notamment de l’augmentation des barrières tarifaires. Ces barrières pénaliseraient les exportations depuis le Royaume-Uni, mais également, si le Royaume-Uni augmente aussi les droits de douane les importations de composants. Or dans l’automobile par exemple, 60 % des composants sont importés contre 40 % en France. Dans un contexte de Brexit, la forte dépendance aux IDE peut être très problématique.

Thierry Weil, Membre de l’Académie des technologies, Professeur au centre d’économie industrielle, Mines ParisTech

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Illustration: La célèbre usine Jaguar de CastleBromwich, à Birmingham, désormais propriété du groupe indien Tata. Mark Hillary / Flickr, CC BY