Publié le Laisser un commentaire

Autisme, le défi du diagnostic

Les Echos.fr

Par Yann Verdo – Le 20/10/2017

« L’ouvrage d’une sociologue explore les enjeux politiques et sociaux liés au diagnostic de ce trouble concernant plus de 600.000 personnes en France.

Voilà un livre – certes un peu austère – mais qui intéressera au premier chef les 650.000 personnes atteintes d’autisme en France et leurs proches. Signé de la sociologue Céline Borelle, spécialiste de la santé mentale et du handicap, il traite de la question cruciale du diagnostic – un thème jusqu’ici peu abordé par les travaux en sociologie de la santé. »

Lire la suite

Publié le Laisser un commentaire

Liberté, sécurité, dignité : au-delà du salariat et du précariat

Article publié dans The Conversation, par Thierry Weil, Mines ParisTech

Alors que les débats sont vifs sur les évolutions du droit du travail protégeant les salariés en CDI, une part significative des actifs n’est plus concernée. C’est depuis longtemps le cas des chômeurs, c’est de plus en plus celui des travailleurs formellement indépendants mais économiquement dépendants quand l’essentiel de leur activité dépend d’un donneur d’ordre ou d’une plateforme comme Uber ou Deliveroo.

Comme dans la fable « Le loup et le chien », on nous suggère souvent que les actifs devraient faire un choix entre la liberté risquée du loup indépendant et la sécurité soumise du chien salarié. Le professeur Alain Supiot a montré l’intérêt d’enrichir cette vision en ajoutant aux dimensions de liberté et de sécurité celle de la responsabilité. Adaptant son idée, deux jeunes fonctionnaires du Corps des mines viennent de publier un ouvrage (Le salariat, un modèle dépassé) où ils analysent les relations de travail en fonction des trois dimensions que sont la liberté, la sécurité et la dignité, elles-mêmes caractérisées selon plusieurs critères.

De quoi parle-t-on ?

Les auteurs de l’ouvrage, Alexandre Chevallier et Antonin Milza rappellent d’abord que le salariat n’est pas en voie de disparition. Il n’a au contraire jamais rassemblé plus d’actifs. 90 % de ceux-ci sont aujourd’hui salariés et cette proportion est à peu près stable depuis 25 ans, alors qu’ils n’étaient que 65 % en 1950 et 85 % en 1980.

Cependant la nature même du salariat évolue. Moins d’un actif de 15-25 ans sur deux (45 %) est employé en CDI alors que c’était le cas des trois quarts (77 %) dans les années 1980. Les contrats courts ou à temps partiel se multiplient, des formes de CDI plus précaires (CDI intermittent ou CDI de chantier) et la pluriactivité se développent. Les entreprises externalisent une part croissante de leurs tâches à des sous-traitants offrant des conditions de travail moins attrayantes et des situations plus précaires.

Le statut alternatif de travailleur indépendant ou de micro-entrepreneur recouvre lui-même des réalités très diverses, de la profession libérale très lucrative pour ceux qui détiennent une compétence recherchée, à la seule alternative au chômage pour des personnes défavorisées et précaires, en passant par des compléments de ressources pour salariés souhaitant améliorer leur situation financière.

La grille d’analyse proposée

Les auteurs proposent 11 critères d’analyse des situations de travail.

La liberté est caractérisée par l’absence de subordination (à un chef qui donne des ordres), l’indépendance économique (par rapport à un seul employeur ou client) et l’autonomie opératoire (liberté de la manière de réaliser la prestation demandée).

On voit donc que malgré leur indépendance formelle, un chauffeur de VTC ou un livreur cycliste sont assez peu libres, sauf – un peu – du choix de leurs horaires de travail.

La sécurité peut s’apprécier au niveau de la garantie d’un revenu stable, de l’assurance contre le chômage, de la couverture du risque de maladie (frais médicaux et revenu de substitution), de la garantie d’une retraite et de l’accès au logement.

Enfin, la dignité consiste en la capacité de développer son potentiel et de se former, la participation à un collectif créateur de lien social et le fait d’être au service d’une mission porteuse de sens.

Les actifs sont plus ou moins sensibles à ces divers critères, les employeurs plus ou moins capables et désireux de proposer une situation de travail attractive à l’aune de ces onze critères.

La multiplication des types de contrat de travail ou de relations contractuelles, en France et dans le reste de l’Europe, rompt avec le système bipolaire qui opposait naguère la sécurité et la dépendance hiérarchique du salariat à la liberté sans sécurité du travailleur indépendant.

Comment construire des rapports de travail équilibrés ?

Pour les auteurs, on peut construire des rapports de travail équilibrés soit par des approches horizontales, en améliorant les statuts existants sur certains critères, soit par des approches verticales, en rendant la satisfaction d’un critère indépendante du statut du travailleur.

Un exemple d’approche horizontale améliorant la situation des indépendants est l’option des coopératives d’activité et d’emploi comme Coopaname, qui apportent un cadre plus sécurisé à l’exercice d’une activité indépendante (assurance contre le chômage, la maladie et la vieillesse), facilitent certaines tâches, apportent conseils et appuis, permettent de participer à une aventure collective, au prix de de la mutualisation d’une part des revenus.

Des approches horizontales améliorant la situation des salariés sur certains critères peuvent consister à les faire participer à la gouvernance des entreprises ou à leur donner plus d’autonomie sur la manière de réaliser leur contribution, ou encore à donner à l’entreprise un objet social qui prime sur ses objectifs économiques.

Les approches verticales consistent à créer des droits universels. C’est ce qui s’est passé avec la couverture maladie universelle (indépendante du statut d’emploi). C’est ce que cherche à mettre en place le gouvernement avec une protection universelle contre le chômage. C’est ce qui sous-tend l’idée d’un revenu contributif. C’est ce qu’un système d’assurance des bailleurs contre les loyers impayés pourrait réaliser en matière d’accès au logement.

Enrichir les représentations pour faciliter un dialogue fécond

Dans le domaine de la stratégie d’entreprise, de nombreux consultants se sont couverts de gloire en proposant à leurs clients diverses matrices d’analyse. L’intérêt de celles-ci était d’enrichir la discussion en permettant de considérer plusieurs dimensions d’une question. Par exemple, le secteur dans lequel j’envisage d’investir ou le marché que je vise est-il prometteur (marché en développement, activité à forte marge…) et ai-je des atouts spécifiques pour mieux y réussir que mes concurrents (maîtrise des savoir-faire et des ressources nécessaires) ?

Combiner ces dimensions permet d’enrichir la discussion (c’est tentant mais nous n’avons pas les moyens, nous pouvons y aller mais cela n’est pas très intéressant, etc.) et de prendre de meilleures décisions.

The ConversationDe la même manière, considérer de multiples critères d’analyse d’une relation de travail permet d’aller au-delà de compromis frustrants entre sécurité et autonomie et de réfléchir à des formes de relation plus satisfaisantes à la fois pour les employeurs et donneurs d’ordres et pour les travailleurs.

Thierry Weil, Membre de l’Académie des technologies, Professeur au centre d’économie industrielle, Mines ParisTech

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Crédit photo : Deliveroo. Taylor Herring/Visual Hunt, CC BY-NC-ND

Publié le Laisser un commentaire

Assises du livre numérique 2017

Les Assises du livre numérique sont un rendez-vous annuel dédié aux développements stratégiques du secteur de l’édition à l’ère du numérique.

Le 23 novembre 2017, la Commission numérique du Syndicat national de l’édition organise la dix-huitième édition de ces Assises. Cette année, la journée abordera les enjeux de l’intelligence artificielle (IA) autour de deux tables rondes.

Pour en savoir plus

 

Publié le Laisser un commentaire

Quelles compétences pour les nouveaux médiateurs scientifiques ?

Francesca Musiani, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et Jean-Marc Galan, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la Science 2017 dont The Conversation France est partenaire. Retrouvez tous les débats et les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.


La vulgarisation « à la papa » où l’expert déverse son savoir sur un public béat et ignorant a du plomb dans l’aile. Certes, à l’occasion de la fête de la science, vous pourrez sans doute assister à une traditionnelle conférence de chercheur. À côté de ce modèle de communication top down se développent d’autres formats, d’autres postures, d’autres pratiques que les professionnels du milieu ont l’habitude de désigner sous le vocable « médiation scientifique » (MS). Visite guidée d’un écosystème en pleine mutation.

Nouveaux outils, nouveaux lieux

L’écosystème de MS est bien évidemment transfiguré par l’ère du numérique, la surabondance d’information et la circulation des connaissances beaucoup plus agile et hétérogène qu’autrefois. Les longues conférences côtoient désormais des formats de communication courts (rendus célèbres par les TED) qui doivent leur réussite au web. Le médiateur scientifique se trouve lui même immergé dans une multitude de réseaux numériques, dont ses publics font partie. Ses activités de médiation ne peuvent pas se passer du « bourdonnement » des blogs de sciences et les forums de discussion, les plateformes d’agrégation et remix de contenus, ou encore des applications de science participative pour smartphones.

Des changements de posture

OGM, bisphénol-A, nucléaire, nanotech… l’irruption des controverses sociotechniques dans le périmètre de la médiation scientifique a imposé un changement de posture. Un médiateur scientifique doit comprendre aussi bien la science que sa perception par le public. Le médiateur scientifique qui anime un jeu de discussion du type PlayDecide sur une controverse sociotechnique se doit de respecter et comprendre les convictions de ses publics. L’objectif d’une session PlayDecide n’est pas de convaincre que la science est belle et bonne mais d’aider chaque participant à : (i) clarifier pourquoi il pense ce qu’il pense sur la controverse (ii) mieux comprendre pourquoi d’autres peuvent avoir des opinions différentes sur la même controverse.

Dans d’autres dispositifs, le rapport savant>profane, cher à la vulgarisation scientifique, peut même être complètement inversé. C’est le cas des living lab, où le public est convoqué pour ce qu’il sait, et c’est ce savoir qui intéresse les chercheurs.

Un brouillage des frontières

Ces changements de postures s’accompagnent d’un brouillage des frontières entre diffusion, pratique et création de connaissances.

Par exemple, les espaces de type fab lab fleurissent dans les centres de culture scientifique technique et industriels (CCSTI). Diffusion et pratique de la culture scientifique sont indissociables dans ces lieux. Allez faire un tour à La Casemate, ou chez Cap Sciences pour vous en convaincre.

D’autres dispositifs hybrident joyeusement diffusion et création des connaissances. En participant à un des multiples programmes de sciences participatives vous apprendrez des contenus scientifiques tout en faisant avancer la recherche. Dans le même esprit, certaines expositions dans des musées de sciences sont, en même temps, des lieux de partage et des lieux de création de connaissance grâce à des ateliers de collecte de données impliquant les visiteurs de l’exposition.

Des nouveaux métiers

À la périphérie de cet écosystème en pleine mutation apparaissent de nouveaux métiers reliés aux sciences et techniques et qui ont une composante « médiation ».

Pour ne donner que quelques exemples :

  • les chercheurs mobilisent de plus en plus des outils et méthodes de recherche soulevant des enjeux éthiques et juridiques, tels que le big data, l’agrégation ou l’anonymisation des données. On assiste donc à une prolifération de ethics advisors qui légitiment les projets de recherche et en expliquent les implications aux financeurs.
  • comme l’a récemment souligné Marie-Charlotte Morin, gagnante du premier concours « Ma thèse en 180 secondes » (qui se consacre désormais à la MS), la recherche de financements extérieurs occupe, pour le meilleur et pour le pire, une place croissante dans la vie des chercheurs ; naissent donc des « consultants » qui aident les chercheurs à être plus performants dans l’obtention de ces fonds (notamment le « Graal » d’une ERC starting grant), en les aidant à « raconter » leur projet de façon succincte et captivante devant un public de pairs.
  • enfin, notons la naissance de « responsables des relations science-société » au sein d’agences telles que l’ANDRA, signe d’une meilleure prise en compte des enjeux sociétaux au sein de ces organisations à la fois « techniques » et de gouvernance.

Des formations adaptées

L’écosystème change, les métiers qui y sont rattachés se reconfigurent et la formation des médiateurs scientifiques s’adapte.

L’école de la médiation se destine à la formation continue des médiateurs. Le diplôme universitaire Médiation scientifique innovante, quant à lui, fournit à ses étudiants une boîte à outils adaptée aux dispositifs émergents de médiation.

De l’essor des formats courts, aux techniques et acteurs de la médiation sur le Web, des controverses sociotechniques à l’apprentissage de la médiation « face publique », en passant par les jeux de discussion, et les nouveaux dispositifs muséologiques. Rien de trop pour le développer les compétences des « nouveaux » médiateurs scientifiques.

Francesca Musiani, Chargée de recherche, Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC), Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et Jean-Marc Galan, Chercheur au CNRS, ISCC, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Publié le Laisser un commentaire

Au fil du flux

Lectures

Par Michèle Dupré, septembre 2017.

Gwenaëlle Rot, François Vatin, Au fil du flux. Le travail de surveillance-contrôle dans les industries chimique et nucléaire

« Quand on ouvre le livre publié par G. Rot et F. Vatin : au fil du flux, on est tout d’abord frappé par ce qu’ils nomment dans l’avant-propos « un travail de sédimentation d’expériences » (p. 9). Certes ceci est un processus habituel dans tout acte de travail, y compris dans le travail intellectuel. Cependant, l’accent est mis dès les premières pages sur l’élargissement du regard du sociologue à d’autres modes de connaissance sur un objet, les industries du flux, où les tuyauteries en tous genres règnent en maître. » Lire la suite

Publié le Laisser un commentaire

Panser avec les animaux

Sociologie du travail

Par Sébastien Mouret – Vol. 59 N°3 Juillet/septembre 2017

« Les animaux pansent-ils ? Cette question constitue la trame de la sociologie du soin par le contact animalier proposée par Jérôme Michalon. Cet ouvrage dense et stimulant, issu de sa thèse de doctorat en sociologie, met en lumière le rôle des animaux dans des dispositifs thérapeutiques visant à améliorer la santé humaine. Le soin par le contact animalier est investi plus largement comme un laboratoire d’étude des dynamiques de «requalification des relations humains/animaux» dans nos sociétés occidentales. Les régimes relationnels de «bienveillance» et la «singularisation» sont définis, par hypothèse, comme les clefs de voûte d’un processus d’«anthropisation» par lequel s’opère un glissement des animaux de la catégorie de «vivant matière» vers celle de «vivant personne». »

Lire la suite